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Postures arkouniennes dans le « hirak » en Algérie

Postures arkouniennes dans le « hirak » en Algérie

par Messaoud Belhasseb

Enseignant, Université de Guelma.

« Si vous supprimez le droit comme principe de légitimité des droits, vous remettez les hommes entre les mains de l’Etat, du marché ou de la religion. Tout sujet de journal de 20 heures fait virtuellement une loi ».

G. Carcassonne

Les Postures arkouniennes : vers un Humanisme universalisable

La présente contribution cherche à définir dans le « Hirak », ou mouvement citoyen, en cours en Algérie, les postures « épistémiques » de lectures, de compréhension et d’interprétation d’un moment du déroulement de l’histoire en cours ; une « herméneutique » en fait, de l’islamologue, enfant d’Algérie, Mohamed Arkoun (1928-2010). Chercher, en effet, à définir, à mettre en évidence ces postures, donnerait lieu à cerner les contours de ce qu’il a toujours appelé à concrétiser : la consolidation de la « Raison émergente » pour une sortie des « Clôtures Dogmatiques » dans les sociétés traversées par le « fait islamique ». Cette Raison émergente, donc, est le « sacerdoce » de l’intellectuel-penseur-chercheur auquel Arkoun attribue des tâches urgentes, formulées dans une « programmatique », parce qu’il lui incombe une dette : « la dette du sens ». La démarche arkounienne, en effet, trouve ses points d’appuis épistémologiques et méthodologiques dans son effort critique, durant plus d’un demi-siècle, de la « Raison islamique » par un travail de déplacement et de mobilisation de la « Raison critique moderne ». Une telle démarche a été, il vrai, battue en brèche par les tenants de la « Raison religieuse » qui, c’est aussi vrai, maintiennent, renforcées, les dites « Clôtures Dogmatiques ». Maintien qui s’exprime, dans les sociétés traversées par le fait islamique, dont l’Algérie, par un certain nombre d’outils dont celui des Partis/États. Dans cette perspective, le « hirak» algérien offre une matière extraordinaire à même d’y déceler, d’y définir, d’interpréter et de comprendre dans une perspective herméneutique, des noyaux de pertinence épistémologique, en un mot, une ou des posture(s) épistémique(s) de la Raison émergente en consolidation dans l’histoire en cours. De telles postures, dans la perspective islamologique d’Arkoun, se servent des outils scientifiques de problématisation et de méthodologie des Sciences de l’Homme, longtemps bannies par l’idéologie indépendantiste des Etats post-coloniaux, avec le Parti/État comme instrument de contrôle de la société. Un tel contrôle se trouve aujourd’hui décrié, remis en cause, brisé par le « hirak » dans ses expressions les plus fortes. C’est cette nouvelle réalité, ce moment historique, où le peuple renoue avec sa mémoire ou ses mémoires historiques, permettent, légitiment et définissent même la pertinence d’une posture arkounienne, qui, elle, regarde les réelles possibilités d’ouverture que donne lieu à observer le « hirak », à savoir : la démocratie et la citoyenneté, qui, bien sûr, ouvrent la voie à un humanisme universalisable. Humanisme longtemps absent dans les sociétés concernées, s’il n’est pas combattu tour à tour par l’islam radical auquel dispute le Parti/État l’hégémonie sur la société. Ce combat mené en duo, dans une alliance presque mystique, mais diabolique, entre les tenants de la « religion vraie », la « Shari’a », et les Partis/États contre les sociétés traversées par le fait islamique, emprisonnent la Raison émergente et le « sujet humain » dans une interminable reproduction des Clôtures Dogmatiques qui obstruent tout accès à la citoyenneté et à la démocratie ; en un mot : lui ferment tout « horizon de modernité ». Le « hirak » algérien, comme moment historique extraordinaire, nous semble de notre point de vue, présente une réponse, sinon, un début de réponse aux questions que posait Mohamed Arkoun peu de temps avant sa disparition : « peut-on poser la question de la sortie de l’alliance systématique des clôtures dogmatiques et de la structure verticale du pouvoir dans les contextes actuels où la guérilla terroriste et les régimes autoritaires exposent tant de peuples innocents aux conquêtes de type colonial qui délégitiment une fois de plus les grandes promesses et la modernité intellectuelle et soumettent la démocratie des lobbies politico-financiers ? Peut-on identifier dans le chaos mondial actuel et sous l’empire de la violence pure quelques conditions de possibilités de cette sortie ? ». Le « hirak » en Algérie, comme moment historique, présente un certain nombre de conditions de sorties ! Et l’acharnement des monarchies propagatrices du Pétro-Islam, alliées stratégiques des Empires défenseurs acharnés de la « guerre juste » ne peut qu’être interprété que comme une énième volonté de maintenir renforcées les Clôtures Dogmatiques, empêchant la consolidation de la Raison émergente par l’obstruction des horizons de démocratie, de citoyenneté et de modernité. Cette fermeture empêche décidément toutes les perspectives à ouvrir pour mener le et les combats nécessaire(s) de dépassement des dogmatismes mythohistoriques et mythoidéologiques dans lesquels le Parti/État a enfermé la société, imposant la pensée unique et l’histoire unique hypothéquant l’avènement d’un État démocratique. Et c’est là que le « hirak » en cours présente des pertinences épistémiques évidentes de dépassement des ressassements idéologiques du Parti/Etat, prédateur, prévaricateur, fossoyeur des identités multiethniques et multilinguistiques (comme c’est le cas de tous les Partis/Etats survenus dans les sociétés traversées par le fait islamique depuis la fin de l’Islam libéral et l’avènement des indépendances des puissances coloniales européennes), qui a « travaillé contre le peuple, la nation et la société civile », comme il est en train de le faire en ce moment. Le « hirak », tel qu’il se déroule depuis le 22 février, ne peut occulter, donc, ce combat cher à Arkoun pour un « humanisme universalisable », véritable posture épistémique matricielle, dans une conjoncture caractérisée par la désintégration des cultures, elles-mêmes, « envahies pas les discours idéologiques, les divertissements de masses et des modèles standards du marché hégémonique » ; conjonctures où le « hirak » survient ouvrant la voie à une « sociologie de l’espérance » tant espérée par Arkoun. Le « hirak », se présente en effet, comme une « volonté de puissance » qui débloque des horizons à la « condition humain », édifie « l’attitude humaniste », qui, il le démontre chaque vendredi, et pas uniquement, par son pacifisme face aux politiques dévastatrices du Part/État, des fraudes électoralistes qui s’annoncent et qu’il dénonce d’ailleurs, et, bien sûr, à toute transcendance qui ne peuvent pas « venir à bout de l’insondable vocation du sujet humain à la liberté intérieure et aux élans créateurs : faire reculer toujours les limites de la condition humaine… »

L’Islamologie appliquée : la programmatique arkounienne

La programmatique arkounienne est au cœur même de la Science qu’il a contribué à fonder : l’Islamologie appliquée, durant un demi-siècle. Dans le cas du « hirak » en cours en Algérie (et ses possibles extension au Soudan, en Tunisie, au Maroc, … !), il constitue l’humus le plus fertile pour dégager la « nouvelle épistémè » pour la Raison islamique. Le « hirak » comme matière à exploiter, à explorer, à étudier, nécessite, en effet, la mobilisation des Sciences de l’homme. C’est là que l’enseignant-chercheur-penseur est frontalement interpellé. Il est appelé à considérer ce « hirak » dans ses structures dynamiques inconscientes sous-jacentes qui stimulent cette création historique extraordinaire. La programmatique arkounienne, mobilisant la Raison critique moderne, doit le situer dans la perspective d’une nouvelle histoire en cours, qui ne peut être soustraite à un humanisme universel, ou universalisable, car, écrit Arkoun, « l’histoire est naturellement ’’dangereuse’’… » La perspective historique nouvelle que donne à comprendre le « hirak » doit chercher à mettre en avant les moyens, les outils d’explorations méthodiques d’un esprit musulman en quête de citoyenneté, de modernité et d’universalité. C’est une posture herméneutique, chère à l’islamologue, dans la mesure où elle engage la Raison critique dans une histoire solidaire des peuples, qui reste la seule à même de conduire, d’orienter la pensée à affronter l’inéluctable destin de modernité. Le « hirak » offre une situation d’affrontement de son acteur, le peuple, avec son histoire pour redessiner les contours des défis. Lesquels défis les plus qualifiants de la modernité à même de bénéficier des aspects universalistes de la pensée scientifique et de l’interrogation philosophique. C’est pourquoi un tel moment historique ne doit pas être dilapidé ! La mobilisation de la Raison critique en pareil moment de l’histoire, c’est un travail sur les instruments de réflexion capables de penser les causes lointaines et immédiate du « fait islamique », puisque le « hirak » survient dans une société traversée par le fait islamique. Il est nécessaire en ce moment d’aborder et de battre en brèche les « bornages dogmatiques » fossilisées dans les esprits et les pratiques des hommes (la place du religieux, le statut de la femme, la laïcité, …) dans le but d’ouvrir de nouveaux horizons de pensée. Seule une pensée critique, forgeant de nouveaux outils conceptuels et de postures de rationalité, est capable de donner « sens » à ce moment de l’histoire, d’y extraire les tâches pour une nouvelle histoire solidaire du peuple libérée de ce qu’Arkoun appelle les « dualismes manichéens » ; une histoire orientée vers le dépassement du « Bien et du Mal », du « Vrai et du Faux », de « l’Élu et du Réprouvé », du « Civilisé et du Barbare », des « Lumières et des Ténèbres ». Cette pensée critique, explorant ce moment historique, travaille à dégager une nouvelle épistémè qui libèrera, au sens vrai du mot, les Sciences de l’Homme, sans pour autant verser dans de vaines projections. C’est pourquoi, la programmatique arkounienne verse d’emblée dans la « subversion » des gloses traditionnalistes faites de mythohistoire et de mythoidéologie qui renforcent et consolident les clôtures dogmatiques. L’objectif noble, dirons-nous, reste celui de dégager la Raison critique, dans une société traversée par le fait islamique, des dualismes séculaires : raison religieuse versus raison scientifique, car leur confrontation est dramatique. On ne peut avancer, ni baliser de nouveaux territoires de pensées, de problématisations, ni de nouvelles postures épistémiques, si on enferme la Raison critique dans ce type de dualisme, si on n’avance pas objectivement sur les possibles historiques sur lesquelles s’ouvre le « hirak ». Dans ces possibles historiques, dans ces nouveaux territoires épistémiques à édifier, il faudrait que la Raison critique fasse accompagner un à un et la Raison religieuse et la Raison scientifique ; elle doit prendre en charge ces deux champs sans exclure l’une eu détriment de l’autre. Il faudrait donc, selon Arkoun, une philosophie ou une philo-anthropologie dans une histoire qui prend en charge les deux champs de la pensée qui sont les deux véritables champs de bataille qui constituent l’Imagination et la Raison. Et si cette pensée ne s’y engage pas avec fermeté, avec détermination, quelques soient les obstacles, elle ne pourra pas, elle ne pourra jamais envisager un moment une possible sortie des clôtures dogmatiques, et établir ce qu’il appelle « le droit de l’Esprit : la Vérité ». La programmatique arkounienne est une recommandation, en regard des possibles historiques qu’augurerait le « hirak ». Elle consiste en un travail lent et difficile de mise en place d’un appareil conceptuel opérationnel pour faire émerger une pensée scientifique moderne capable d’aborder et le moment présent et le vaste héritage laissé en jachère par la mythoidéologie et la mythohistoire du Parti/État. Il importe à la Raison critique de penser et à l’intérieur de la religion et en dehors de la religion toutes les questions relatives à l’État, à l’organisation des pouvoirs, de la société civile, des libertés individuelles, notamment la liberté religieuse, le statut de la femme, de la laïcité, qui, selon Arkoun, « demeurent largement impensés ». C’est là tout l’enjeu des possibles historiques auxquelles ouvrirait le « hirak ». C’est là tout l’enjeu de la Raison critique et de la pensée scientifique à mobiliser pour constituer les véritables « noyaux épistémiques », défendus avec acharnement par Arkoun, seule à même de s’atteler sur cet immense « impensé » que maintient le Parti/État et qui, de facto, la consolidation de la Raison émergente et les possibles de sortie des Clôtures Dogmatiques. C’est pourquoi, la programmatique arkounienne est une prescription de tâches, mais aussi, établissement de nouvelles attitudes, et habitudes, de pensées. Elle prescrit d’aller courageusement dans cette voie, par un dénouement de tous les problèmes, par un travail de déminage des territoires de pensées détruits par la mythoidéologie et la mythohistoire érigées en dogmatique par le Parti/État et, bien entendu, des problèmes légués par le passé pour élucider toute la complexité de l’histoire jusque-là sous analysée. La programmatique arkounienne, pour se faire, propose une stratégie de « déverrouillage des mentalités » en les orientant vers des activités déterminantes : critique du discours de l’histoire de la pensée ; – la recherche anthropologique ; – le rétablissement de l’attirance philosophique. C’est pourquoi Arkoun attribue la sortie des Clôtures Dogmatiques à l’enseignant-chercheur-penseur qui a le devoir de s’occuper du « destin de l’esprit » en s’aventurant sur le terrain de la Raison souveraine ! Le « hirak » doit forger cette figure de l’intellectuel à l’opposé de l’intellectuel fonctionnarisé, produit par le système du Parti/État, à l’instar, écrit Arkoun, « du médecin de compagne qui se contente de recevoir les malades dans son cabinet, sans jamais se mêler à la vie du village où il exerce son art ». Le système Parti/État a poussé à l’exacerbation des spécialistes technocratisés sans s’occuper de la « dette l’esprit ». La programmatique arkounienne est, en réalité, une plaidoirie pour une « Pensée Subversive », dans la mesure où la Subversion est un acte éminemment humaniste et éminemment éthique de l’enseignant chercheur-penseur. Le « hirak » est un moment de subversion d’une force inouïe. Les possibles historiques auxquelles il ouvre, autant que les nouvelles postures épistémiques à édifier, doivent être subversifs à l’égard des gloses mythohistoriques et mythoidéologiques sur lesquelles s’est constitué le système de gouvernance du Parti/État, pour aboutir à la subversion des Clôtures Dogmatiques. C’est pourquoi, la Subversion doit trouver les outils nécessaires de pensée critique pour dépasser tous les ressassements dogmatiques. Le « hirak » et l’histoire en cours ne donnent-ils pas l’opportunité historique de recomposition du sens et des valeurs, capital dilapidé par l’idéologie du Parti/État ? peut-on s’interroger à la lumière de la programmatique arkounienne. N’assiste-t-on pas à un moment de dépassement des dogmatismes et autres bornages de l’esprit maintenus par le parti/État pour nous mettre une fois pour toute devant les réalités très complexe d’un monde hypertechnologisé ? s’interroge-t-on encore dans la même perspective. Ces interrogations confortent le constat actuel que fait le « hirak » : défaite totale du modèle du Parti/État qui a prévalu en Algérie depuis l’indépendance du pays, car il a concouru à interdire toute émancipation de la Raison critique par ses dogmatismes mythohistoriques et mythoidéologiques. L’acteur du « hirak », dans un moment puissant de Subversion, mesure bien l’écart qui le sépare du monde qu’il observe à son corps défendant. Ceci étant, l’avènement du « hirak », moment historique déterminant, intervient dans un contexte de déconfitures multiples. C’est pourquoi, la programmatique arkounienne met en avant le rôle déterminant de la Raison émergente, sacerdoce de l’intellectuel, enseignant-chercheur-penseur, en contexte historique produit par le Parti/État, et qui doit se libérer, l’occasion du « hirak » est là, des liens d’intérêts avec la société pour une grande exigence critique.

La Raison émergente : Subvertir non Réformer

L’opportunité du « hirak », comme moment historique, et sa portée subversive, est à exploiter pour renforcer et consolider dans la durée la Raison émergente, devant le chaos auquel a abouti le système du Parti/État. D’où la portée historique de la Raison critique qui se place à l’opposé de la Réforme qui n’est, il est vrai qu’apologétique agissant à l’intérieur de la dogmatique mythohistorique et mythoidéologiques du Parti/État. À l’opposé, la Subversion de la Raison critique, engendre des « ruptures ». La subversion intellectuelle et spirituelle auxquelles ouvrirait la subversion portée par le « hirak », ne peut en aucun cas être ramenée à cette « subversion par la fureur terroriste ». La subversion que préconise la programmatique arkounienne est un acte de pensée, de renversement des ordres établis par le Parti/État qui n’est pas synonyme de désordres et d’anarchies. La subversion sur laquelle insiste la programmatique arkounienne concerne en premier lieu la « pensée religieuse » enfermée dans la dogmatique mythohistorique et mythoidéologiques du Parti/État. En ce sens, on peut s’interroger avec Arkoun, si le « hirak » donnerait lieu à voir se reproduire « le geste des philosophes des Lumières » du XVIII° siècle ?! Car, le « hirak » subversif de la glose du Parti/État, les possibles historiques et les postures épistémiques y afférentes, doivent ouvrir à de nouveaux « horizons de sens, d’intelligibilité, de connaissance avec le souci constant d’éclairer, d’orienter une action historique révolutionnaire ». En effet, devant l’émiettement du champ intellectuel et critique, l’intellectuel a l’obligation de se préoccuper du sens. Il a la responsabilité de veiller sur les conditions épistémiques de la Raison émergente qui, à vrai dire, reste, selon Arkoun, inséparable de l’intériorité du « Sujet humain », qui reste encombré, sans horizons, inaccessibles à la citoyenneté. L’opportunité du « hirak », en effet, concoure à libérer ce Sujet des décombres encombrantes du Parti/État, lui ouvrir les vrai horizons de citoyenneté auxquels il aspire. C’est pourquoi, l’opportunité historique offerte par le « hirak » définit une urgence : déconstruire les argumentaires ressassés par le Parti/État sous diverses formes par de la pensée réformiste et salafiste. C’est une urgence primordiale, assure la programmatique arkounienne, doit conduire à la subversion radicale par la constitution d’un discours subversif qui rompt avec, ce que Arkoun appelle, « les attributs de la pensée aliénante sous couvert de la religion vraie », abri sous lequel se cache le Parti/État et ses alliés. Dans ce contexte de chaos, de décombres, la programmatique arkounienne patiente pour voir se reproduite un tel moment de subversion historique, le « hirak », assigne à l’intellectuel, et la Raison émergente son sacerdoce, dans le contexte de la société algérienne traversée par le fait islamique, à énumérer les attentes, les espérances les plus citoyennes, les revendications les plus légitimes, les affirmations de soi les plus agressives dans les conduites individuelles et collectives. Car le fait de subvertir les modes de pensées imposées par le Parti/État et ses ressassements dogmatiques, passe nécessairement par une critique subversive aussi des modes de pensée mythohistoriques et mythoidéologiques dans lesquels la pensée a été enfermée depuis l’avènement des États post-coloniaux. C’est pourquoi la Raison émergente est radicalisante, car, la subversion qu’elle engendre est, dans la perspective de la programmatique arkounienne, est un « acte d’ascèse intellectuelle », « audace d’action » devant la relation triangulaire : État-Islam-Opposition ; relation faite de manipulations symboliques, sémiotiques et politiques à laquelle le Parti/État a soumis et enfermé la société.

Sortir du Chaos actuel du Parti/État

Penser le « hirak » en cours en Algérie en termes arkouniens, c’est assurément dessiner un nouveau projet de société à édifier sur les possibles historiques et les postures épistémiques pour consolider la Raison émergente, comme idéal. Penser le « hirak » dans la perspective de la programmatique arkounienne nous éviterai les débâcles auxquelles a abouti ce qu’on a consacré par le vocable de « printemps arabe » ; débâcles auxquelles Arkoun, hélas, n’a pas assisté. Le « hirak » en cours, et les perspectives qu’il ouvre, amorcerait la tentative d’une réactualisation du travail de la réflexion par le Raison critique qui trancherait, certainement, entre deux attitudes : subvertir ou réformer. La Raison critique débarrassera les esprits des ressassements de la pensée jetable, propagée par le Parti/État. Aujourd’hui, il est impératif de dépasser les réaménagements internes des dogmatiques mythohistoriques et mythoidéologiques. Il est impératif que les possibles historiques et épistémiques rompent avec le jeu diabolique de manipulation des symboles à des fins d’hégémonie. C’est une urgence. Face à ces bricolages idéologiques, doit émerger le devoir de réflexion citoyenne et humaniste sur les grandes questions qui interpellent la société algérienne partie prenante de l’espace méditerranéen du Sud. La figure de l’intellectuel qui doit émerger sur le socle des possibles historiques et épistémiques que secrèterait le « hirak », dans la perspective que dessine Arkoun, doit accomplir des « tâches concrètes, urgentes, précises [qui] exigent de lui un engagement désintéressé, une discipline morale rigoureuse et des compétences reconnues par la communauté scientifique dans le monde, seule instance capable de transcender les querelles nationales, les visions étriquées, les doctrines militantes ». La synergie de dynamique historique à laquelle ouvrirait le « hirak » en cours s’inscrit dans une perspective de dépassement de l’état d’ankylose imposée par le Parti/État qui empêche toute fonction critique. Une fonction qu’il faut mener avec rigueur par la mobilisation immédiate de la Raison critique et l’établissement de ces nouveaux territoires, de ces nouveaux lieux de questionnements de la nouvelle étape en perspective du « hirak ». L’état actuel de fossilisation, d’ankylose et d’immobilisme dans lesquels le Parti/État a plombé la société dans des certitudes d’idéologisation, de politisation, de mythologisation, de mystification qu’il amplifie par un recours systématique au religieux. Cette situation d’obscurcissement de sens, la Raison critique travaillera à la mobilisation des outils des Sciences de l’homme pour mettre à jour le ou les processus de formations des postures épistémiques de rupture afin de consolider les assises de l’État de droit et démocratique des libertés et de la citoyenneté. Le « hirak » donne cette opportunité historique.

Messaoud Belhasseb

Enseignant, Université de Guelma.

Références

La question éthique et juridique dans la pensée islamique, Vrin, 2010.

La construction humaine de l’islam, Albin Michel, 2012.

Penser l’islam aujourd’hui, Laphomic, 1993.

Humanisme & Islam Combats et propositions, Vrin, 2005.

LectureS du Coran, Albin Michel, 2016.  

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